top of page

Les bonnes questions à se poser avant chaque décision d'édition et de mixage

  • Photo du rédacteur: Damien Mixrec
    Damien Mixrec
  • 6 juil.
  • 5 min de lecture

Servir la musique avant de servir la technique

Il existe aujourd'hui une quantité incroyable de tutoriels expliquant comment éditer une voix, aligner des chœurs, compresser une batterie ou égaliser une guitare.

  • Le problème n'est pas le manque d'informations.

  • Le problème est souvent l'inverse.

  • Le problème est aussi les informations erronées.


Nous avons tellement de techniques à notre disposition que nous finissons parfois par oublier une question essentielle :


Pourquoi suis-je en train de faire cela ?


Au fil des années, j'ai compris qu'un bon mixage n'est pas la somme des traitements appliqués. C'est la somme des décisions prises.

Et avant chaque décision, il existe une question fondamentale :

Est-ce que cela sert réellement la musique et l'artiste ?

La procédure standard n'est pas une obligation

On entend souvent :

  • Il faut aligner toutes les voix.

  • Il faut corriger toutes les respirations.

  • Il faut tout quantifier.

  • Il faut tout accorder.

  • Il faut nettoyer chaque bruit.


Mais pourquoi ?

Parce qu'un tutoriel l'a dit ?

Parce qu'un autre ingénieur du son le fait ?

Parce que c'est la procédure standard ?


Une procédure standard n'est qu'un point de départ.

Elle ne doit jamais devenir une prison.

  • Chaque morceau raconte une histoire différente.

  • Chaque artiste possède sa propre identité.

  • Chaque interprétation a ses imperfections.

Et parfois ce sont précisément ces imperfections qui rendent la performance crédible.


La première question : est-ce que cela me gêne réellement ?

Prenons l'exemple d'une respiration.

Je lis ou j’entends souvent :

« Je retire systématiquement toutes les respirations. »

Personnellement, ce n'est pas ma philosophie.


Je me pose des questions beaucoup plus simple :

Est-ce que cette respiration me gêne ?Est-ce que cette respiration fait partie de l’émotion ?Est-ce que je baisse juste la respiration ? ...


Si elle attire l'attention de manière négative :

Je la baisse.

Si elle reste trop présente :

Je la baisse davantage.

Si elle devient réellement dérangeante :

Je la retire.

Mais si elle participe à l'interprétation ?

Je la garde et je la contrôle si elle gêne un peut.

Parce qu'une respiration, c'est aussi un être humain derrière le micro.


Deuxième question : est-ce que je corrige un problème ou une différence ?

Prenons des doubles de voix.

La voix de gauche ne finit pas exactement au même moment que celle de droite.

Dois-je tout réaligner ?

Pas forcément.

Dois-je raccourcir celle qui est trop longue ?

Cela sera plus logique.


Parce que je dois d'abord me demander :

Est-ce que c'est un problème ou simplement une différence naturelle ?

Les êtres humains ne chantent jamais deux fois exactement de la même manière.

Et c'est souvent cette légère variation qui crée la largeur, la vie et le mouvement.

Vouloir tout rendre parfaitement identique peut parfois détruire ce qui rendait la prise intéressante.


Troisième question : suis-je en train d'améliorer ou de stériliser ?

Aujourd'hui, il est possible de tout corriger.

  • Le timing.

  • La justesse.

  • Les respirations.

  • Les bruits.

  • Les attaques.

  • Les fins de phrases.

  • Les variations de niveau.

  • Les pop.

  • Les sibilances.


Mais devons-nous tout corriger ?

Une voix peut être parfaitement juste et devenir froide.

Une batterie peut être parfaitement alignée et perdre son groove.

Une guitare peut être parfaitement propre et perdre son caractère.


À chaque étape, je me demande :

Est-ce que je rends la musique meilleure ou simplement plus parfaite ?

Et ces deux notions sont très différentes.


Quatrième question : qu'est-ce que la chanson essaie de raconter ?

Avant de toucher un seul plugin, j'essaie toujours de comprendre l'histoire.

Que raconte cette chanson ?

Que ressent l'artiste ?

Quelle émotion doit ressortir ?


Parce que les décisions techniques doivent découler de cette réponse.

Pas l'inverse.


  • Une chanson agressive ne se mixera pas comme une ballade intime.

  • Un morceau de rock ne se mixera pas comme une chanson folk.

  • Une voix fragile ne se traitera pas comme une voix destinée à dominer un mur de guitares.


Cinquième question : qu'est-ce qui sert le mieux la musique ?

Pour moi, c'est probablement la question la plus importante.


Lorsque j'hésite entre deux décisions :

  • Je me demande laquelle sert le mieux la musique.

  • Pas laquelle impressionnera un autre ingénieur du son.

  • Pas laquelle respectera une règle.

  • Pas laquelle fera plaisir à un tutoriel YouTube.

  • Et encore moins celle des pseudo ingé son des réseaux sociaux.


Simplement :

Qu'est-ce qui sert le mieux la musique ?

Cette question résout énormément de problèmes.


Je corrige ce qui me gêne, mais je ne cherche pas à effacer l'humain

C'est probablement la phrase qui résume le mieux ma vision de l'édition.

  • Je ne cherche pas la perfection mathématique.

  • Je cherche une écoute agréable.

  • Je cherche à supprimer ce qui détourne l'attention de l'émotion.

  • Pas à supprimer l'émotion elle-même.

  • L'être humain n'est pas parfait.


Et heureusement. Car la musique non plus, trop parfait, trop carré, ce n’est pas bon, car trop mécanique.


Je ne suis pas un magicien

C'est une phrase que je répète souvent aux artistes.

"Je ne suis pas un magicien. Si l'émotion et le groove ne sont pas présents à l'enregistrement, je ne peux pas les inventer au mixage. Mon travail consiste à les révéler, les renforcer et les mettre en lumière."
"Je ne mixe pas ce que j'entends. Je mixe ce que la musique peut devenir sans perdre ce qu'elle est."

Si l'émotion n'est pas présente à l'enregistrement, je ne peux pas l'inventer.

Si le groove n'est pas présent à l'enregistrement, je ne peux pas le créer.

  • Je peux renforcer.

  • Je peux révéler.

  • Je peux mettre en valeur.

  • Je peux accompagner.


Mais je ne peux pas fabriquer ce qui n'existe pas.

C'est pourquoi les meilleures décisions de mixage et de mastering commencent souvent bien avant le mixage et le mastering. Elles commencent au moment où l'artiste interprète sa chanson devant le micro.


Conclusion

L'édition et le mixage ne consistent pas à appliquer des recettes. Ils consistent à prendre des décisions.

Et derrière chaque décision devrait toujours se cacher une question :


Est-ce que cela sert réellement la musique et l'artiste ?

  • Si la réponse est oui, alors la décision est probablement la bonne.

  • Si la réponse est non, peu importe ce que dit la théorie, le tutoriel ou la procédure standard.


La meilleure décision est souvent celle qui permet à la musique de rester humaine, vivante et sincère. Parce qu'au final, notre métier n'est pas de faire entendre nos outils.


« Notre métier n'est pas de transformer la musique en quelque chose d'autre. Notre métier est de révéler ce qu'elle est déjà capable de raconter. »


« Notre métier n'est pas de faire entendre notre technique. Notre métier est de faire entendre la musique dans ce qu'elle a de plus vrai. »

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page