top of page

Pourquoi je sépare toujours l’édition du mixage

Photo du rédacteur: Damien Mixrec
Damien Mixrec
27 août
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 sept.

Lorsqu’on parle de mixage, on imagine souvent un ingénieur du son travaillant directement sur des dizaines de pistes séparées : voix principales, chœurs, guitares, micros de batterie, percussions, synthétiseurs et effets.


Pourtant, avant de commencer réellement un mixage, je préfère effectuer un important travail d’édition, puis créer des stems stéréo ou LCR déjà organisés dans l’espace. Cette méthode me permet de résoudre les problèmes techniques en amont afin de consacrer le mixage à ce qui compte véritablement : le son, l’émotion, la profondeur et la dynamique du morceau.


L’édition et le mixage sont deux métiers différents


L’édition consiste à préparer et fiabiliser les enregistrements. Le mixage consiste ensuite à transformer ces éléments préparés en une œuvre cohérente.


Les étapes de l’édition


Pendant l’édition, je m’occupe notamment de :


  • Nettoyer les bruits, clics et sons indésirables.

  • Choisir les meilleures prises.

  • Ajuster les niveaux avec le clip gain.

  • Corriger les voix lorsque cela est nécessaire.

  • Recaler les doublages et les chœurs.

  • Vérifier la cohérence rythmique.

  • Contrôler les polarités et les relations de phase.

  • Organiser le placement stéréo.

  • Préparer des stems cohérents.


Si ces tâches sont encore à réaliser pendant le mixage, je ne suis pas uniquement en train de mixer. Je passe constamment d’un travail technique à une réflexion artistique. Cette succession d’opérations peut ralentir le processus et perturber la prise de décision. Il devient difficile de juger une compression, une couleur ou une profondeur lorsque l’on doit simultanément corriger une syllabe, recaler un chœur ou résoudre une incohérence entre plusieurs microphones.


Corriger les voix avant de les mixer


Une voix ne devrait pas arriver au mixage avec des problèmes importants de hauteur, de rythme ou d’alignement.


Les corrections nécessaires


Avant de créer un stem de chœurs, je peux :


  • Corriger individuellement les différentes prises.

  • Aligner les consonnes et les fins de mots.

  • Resserre les doublages.

  • Contrôler les respirations.

  • Nettoyer les bruits de bouche.

  • Équilibrer les niveaux internes.

  • Placer chaque voix dans l’espace stéréo.


Ce travail est indispensable, car une compression appliquée à des voix mal alignées ne corrigera pas leur manque de précision. Elle risque même de rendre leurs différences encore plus audibles.


De la même manière, une reverb appliquée à des chœurs mal calés ne créera pas naturellement de la largeur. Elle produira surtout une image plus floue. Une fois les voix corrigées, équilibrées et placées, je peux imprimer plusieurs stems fonctionnels :


  • Voix principale.

  • Doublages.

  • Harmonies.

  • Chœurs.

  • Ad-libs.


L’objectif n’est pas de réunir toutes les voix dans un seul fichier stéréo. Il faut conserver suffisamment de séparation pour pouvoir encore faire évoluer leur rôle pendant le mixage.


Préparer la batterie et contrôler la phase


La batterie est l’un des éléments pour lesquels la préparation est la plus importante. Plusieurs microphones captent simultanément une même source, mais à des distances différentes. Ils ne reçoivent donc pas exactement le signal au même moment.


Vérification des relations de phase


Il faut vérifier les relations entre :


  • Le kick in et le kick out.

  • La caisse claire top et bottom.

  • Les micros de proximité et les overheads.

  • Les toms et les overheads.

  • Les microphones proches et les rooms.

  • Les prises acoustiques et les éventuels triggers.


Une mauvaise relation de phase peut affaiblir le bas du spectre, rendre la caisse claire plus fine, déplacer certaines fréquences dans l’image stéréo ou provoquer une perte d’énergie lors du passage en mono. Le panning ne corrige pas directement la phase. La phase doit d’abord être contrôlée sur les pistes séparées. En revanche, une fois ces relations vérifiées, le placement stéréo peut être validé et imprimé dans les stems.


Je peux alors préparer, selon le projet :


  • Un stem de kick.

  • Un stem de caisse claire.

  • Un stem stéréo de toms.

  • Un stem d’overheads.

  • Un stem de rooms.

  • Un stem de percussions.


Je conserve ainsi le contrôle sur les grandes composantes de la batterie, sans devoir reconstruire son placement complet pendant le mixage.


Définir le panning avant le mixage


Le placement des instruments fait partie de l’arrangement et de la construction de la scène sonore. Il est donc logique de commencer à le définir pendant la préparation.


Les choix de placement


Je peux, par exemple, déterminer :


  • La perspective des toms.

  • La position des guitares rythmiques.

  • La largeur des chœurs.

  • La disposition des percussions.

  • La cohérence entre les overheads et les rooms.

  • La place des différentes couches orchestrales.

  • Le fonctionnement d’un ensemble LCR.


Lorsque ce placement a été vérifié en stéréo et en mono, je n’ai aucune raison de le remettre systématiquement en question pendant le mixage. Cette méthode évite également les modifications accidentelles. Si je change le panning d’un micro sans vérifier ses relations avec les autres, je peux altérer l’équilibre d’un instrument composé de plusieurs sources. En imprimant une image validée, je conserve une scène stable et cohérente.


Pourquoi créer des stems stéréo ou LCR ?


Un stem ne doit pas être une simple réduction du nombre de pistes. Il doit représenter un ensemble musical logique dont l’équilibre interne a déjà été construit.


Les types de stems à créer


Je peux notamment créer :


  • Des guitares rythmiques stéréo.

  • Des chœurs stéréo.

  • Des doublages de voix stéréo.

  • Des toms stéréo.

  • Des percussions stéréo.

  • Des ensembles de cordes.

  • Des cuivres.

  • Des couches de synthétiseurs.

  • Des textures et éléments de sound design.


Le format LCR — gauche, centre, droite — peut également être pertinent lorsque certains éléments doivent conserver une véritable voie centrale indépendante des éléments latéraux. Cette approche permet de passer d’une session contenant parfois 80 ou 100 pistes techniques à une session composée de 20 à 30 éléments réellement musicaux. Je ne regarde alors plus une succession de prises ou de microphones. Je vois une batterie, une basse, des guitares, des claviers, des voix, des chœurs et des ambiances.


Mixer des éléments musicaux plutôt que réparer des pistes


Une fois le travail d’édition terminé, je peux me concentrer sur :


  • La relation entre la batterie et la basse.

  • La place de la voix dans l’instrumental.

  • La profondeur des différents plans.

  • Les mouvements de dynamique.

  • La couleur des instruments.

  • Les automations.

  • Les reverbs et les delays.

  • La largeur du morceau.

  • La cohérence du mix bus.

  • L’émotion générale.



Je ne perds plus mon écoute en passant d’une correction Melodyne à un problème de phase, puis d’un recalage de chœurs à une décision de compression. Cette séparation améliore également l’objectivité. Après avoir terminé l’édition, je peux fermer la session, reposer mes oreilles, puis ouvrir une nouvelle session entièrement consacrée au mixage.


Le cerveau comprend alors que le travail technique est terminé et qu’une nouvelle étape commence.


Une méthode proche du travail traditionnel sur console


Cette organisation se rapproche du fonctionnement d’un mixage traditionnel sur console.


Lorsque les bandes arrivaient dans un grand studio, l’objectif n’était pas de reconstruire éternellement les prises. Les choix d’enregistrement, les sélections et une partie du placement avaient déjà été effectués. L’ingénieur pouvait travailler avec des éléments clairement identifiés et se concentrer sur leur équilibre.


Mes stems jouent en partie ce rôle. Ils me donnent des groupes musicaux préparés, tout en conservant suffisamment de séparation pour prendre les décisions importantes. Le principe n’est donc pas de supprimer tout contrôle. Il consiste à conserver uniquement le contrôle qui reste utile au mixage.


Tout ne doit pas être regroupé


Créer des stems ne signifie pas imprimer toute la production dans quelques fichiers impossibles à modifier.


Les éléments à conserver séparés


Certains éléments doivent généralement rester séparés :


  • La voix principale et ses doublages.

  • La voix principale et les chœurs.

  • Le kick et la caisse claire.

  • Les overheads et les rooms.

  • La basse propre et la basse saturée.

  • Les guitares rythmiques et les guitares lead.

  • Les microphones proches et les ambiances.

  • Les reverbs et les delays importants.


Si plusieurs éléments peuvent nécessiter des automations, des traitements ou des profondeurs différentes, ils doivent conserver une certaine indépendance. La bonne question n’est pas : « Combien de pistes puis-je regrouper ? » La bonne question est : « Cet ensemble est-il suffisamment cohérent et validé pour être traité comme un seul élément musical ? »


Toujours conserver une possibilité de retour


Même lorsque les stems sont imprimés, les pistes originales ne doivent pas être supprimées.


Organisation du projet


J’organise idéalement le projet en trois étapes :


  1. Une session d’édition contenant toutes les pistes originales et les corrections.

  2. Une session de préparation contenant les stems imprimés et contrôlés.

  3. Une session de mixage consacrée aux décisions sonores et artistiques.


Si un problème apparaît pendant le mixage, je peux retourner dans la session d’édition, corriger uniquement l’élément concerné et réimprimer le stem. Cette sécurité permet de figer certaines décisions sans les rendre irréversibles.


Une méthode plus rapide, mais surtout plus cohérente


Le principal avantage de cette méthode n’est pas simplement de gagner du temps. Elle permet de mieux distinguer les différentes formes d’écoute.


Les différences d’écoute


Pendant l’édition, j’écoute les détails :


  • La justesse.

  • Le timing.

  • Les bruits.

  • Les transitions.

  • Les alignements.

  • La phase.

  • La cohérence interne.


Pendant le mixage, j’écoute la musique :


  • L’énergie.

  • L’équilibre.

  • L’espace.

  • La couleur.

  • La dynamique.

  • Le mouvement.

  • L’émotion.


En séparant clairement ces deux étapes, chaque décision est prise au moment où elle est la plus pertinente.


Conclusion


Mixer directement toutes les pistes séparées offre un contrôle maximal, mais ce contrôle n’est pas toujours utile. Lorsqu’un choix technique est propre, cohérent et définitivement validé, le conserver sous la forme d’un stem permet de simplifier la session et de protéger ce travail.


Ma méthode consiste donc à corriger, nettoyer, aligner, vérifier la phase, construire le placement stéréo, contrôler le résultat en mono, puis imprimer des stems stéréo ou LCR suffisamment détaillés.


Je peux ensuite commencer le véritable mixage avec une session claire et une scène sonore déjà cohérente.


Je ne mélange plus le temps consacré à réparer les enregistrements avec celui consacré à faire vivre la musique. L’édition prépare les fondations. Le mixage construit l’émotion.

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page