Arrêtez d’écouter les pseudo ingénieurs du son des réseaux sociaux
- Damien Mixrec

- 22 mai
- 5 min de lecture
Aujourd’hui, il suffit d’un compte TikTok, YouTube, Instagram ou Facebook avec quelques milliers d’abonnés pour se faire passer pour un “expert” du son.
On voit partout des vidéos du style :
“Comment mixer une snare PRO en 30 secondes”
“La fréquence magique pour une voix”
“Le secret des ingénieurs du son américains”
“La chaîne ultime pour un kick qui tape”
Et derrière tout ça ? Très souvent, des vendeurs de formations. Pas des ingénieurs du son expérimentés. Pas des gens qui ont passé des années en studio à enregistrer des artistes, gérer des séances compliquées, comprendre l’acoustique, les placements micros, les émotions d’un morceau ou les attentes d’un artiste. Non. Des vendeurs de formations et de recettes magiques.
Le problème, c’est que suivre ce genre de contenu ne vous fait pas progresser. Au contraire : ça vous fait régresser.
Le mixage n’est pas une recette TikTok
Un vrai ingénieur du son ne dira jamais :
“On mixe TOUJOURS une voix comme ça.” “Il faut couper à 300 Hz sur toutes les snares.” “Cette compression marche sur tous les kicks.”
Pourquoi ? Parce qu’un mixage dépend de tout :
du morceau,
de l’artiste,
de l’émotion recherchée,
de l’arrangement,
des instruments,
des prises,
du style musical,
du son voulu,
et même de l’intention artistique.
Une voix triste ne se mixe pas comme une voix agressive. Une snare jazz ne se traite pas comme une snare métal. Un kick trap ne se travaille pas comme un kick rock.
Les pseudo ingés son des réseaux sociaux vendent des “recettes magiques” parce que c’est vendeur. Parce qu’une vidéo “LE SECRET POUR…” attire des vues. Mais le son ne fonctionne pas comme ça. Et puis d'abord vous connaissez la chaine du son ?
On mixe avec les oreilles, pas avec des presets
Le plus grave aujourd’hui, c’est que beaucoup de débutants apprennent à regarder des plugins au lieu d’écouter.
Ils apprennent :
des chaînes toutes faites,
des presets,
des valeurs d’EQ copiées,
des réglages de compression reproduits sans comprendre,
des habitudes absurdes répétées mécaniquement.
Mais ils n’apprennent pas à écouter.
Et c’est ça, le vrai métier. Un ingénieur du son compétent prend des décisions avec ses oreilles. Pas avec une vidéo TikTok de 1 minute.
Exemple simple : l’égalisation (EQ)
Prenons un exemple très simple.
Les faux experts aiment dire :
“Toujours faire de l’EQ soustractive avant l’EQ additive.”
Sauf que dans la réalité… il n’y a aucune règle absolue, par ce que oui on va souvent commencer par soustraite puis par la suite booster des fréquences. Et j'aime dire souvent que le rec, c'est nettoyer et contrôler les peak du signal audio, mais c'est aussi colorer le signal, lui donner de la distorsion et lui donner des harmoniques.
On peut très bien :
faire de l’EQ soustractive ET additive sur le même EQ dès la prise,
sculpter le son directement à l’enregistrement,
puis ne plus jamais retoucher cette égalisation au mixage,
ou au contraire remettre un EQ plus tard pour redonner :
de la couleur,
de la présence,
de l’air,
ou refaire une correction.
Tout dépend du contexte, de comment à était fait l'enregistrement et c'est pour cela qu'il faut écouter avant de commencer à toucher à quoi que ce soit.
Le problème des réseaux sociaux, c’est qu’ils transforment des possibilités en “règles”. Et un ingénieur du son qui pense en règles fixes finit par tuer son écoute.
Le son, c’est de l’émotion
Un bon mixage n’est pas “propre” Un bon mixage n’est pas “technique” Un bon mixage transmet quelque chose
Le son, c’est :
le ressenti,
l’émotion,
l’intention,
l’ambiance,
la personnalité de l’artiste.
Parfois un son sale fonctionne mieux qu’un son ultra propre. Parfois une saturation imparfaite donne une âme incroyable à une voix. Parfois une prise techniquement imparfaite devient magique émotionnellement.
Le rôle de l’ingénieur du son n’est pas de faire un tutoriel YouTube vivant. Son rôle est de servir la musique.
Les choses à retenir
Le son, ça se travaille avec :
les oreilles,
les bons placements de micros,
le savoir-faire en enregistrement et en mixage,
la connaissance de certaines règles,
la compréhension des différentes phases de travail,
le bon timing pour appliquer certaines techniques,
une pièce avec une bonne acoustique,
une bonne écoute des fréquences,
la prestation des musiciens,
l’interprétation du chanteur ou de la chanteuse,
le travail de l’ingé son de recording,
celui du mixage,
et celui du mastering.
Tout est lié.
Vous ne compenserez jamais :
une mauvaise prise,
un mauvais placement micro,
une mauvaise acoustique,
ou une mauvaise interprétation…
…avec un preset miracle trouvé sur les réseaux.
Trouvez un vrai mentor
Si vous voulez réellement progresser, trouvez :
une personne expérimentée,
un mentor,
quelqu’un qui travaille réellement le son,
quelqu’un qui va vous pousser,
quelqu’un qui va vous faire comprendre pourquoi vous vous trompez.
Un vrai apprentissage, ce n’est pas :
“C’est bien, continue.”
Un vrai apprentissage, c’est parfois :
recommencer 15 fois,
se faire corriger,
accepter qu’on n’est pas encore au niveau,
comprendre pourquoi ça ne sonne pas,
apprendre à écouter réellement.
On ne devient pas ingénieur du son en 1 an. On le devient après des années :
d’apprentissage,
d’erreurs,
d’écoute,
de pratique,
de doutes,
d’expériences,
de savoir,
et surtout de savoir-faire.
Il faut travailler sur de vraies tracks. Recevoir des directions artistiques. Comprendre ce qu’un artiste veut ressentir. Apprendre à rendre une musique qui ressemble à l’artiste.
Pas apprendre à copier un preset ou une vidéo vu sur TikTok.
Le piège des réseaux sociaux
Le pire, c’est que ces contenus donnent l’impression de progresser.
Vous allez croire :
que vous avancez,
que vous comprenez le mix,
que vous apprenez vite,
que vous avez “les secrets”.
Puis un jour, vous tomberez sur un véritable ingénieur du son compétent. Qui va casser tout ce que vous voyez sur les réseaux et vous aller peut-être même le détester, car il vous bouscule et il casse vos fausses croyances. Alors si c'est le cas, c'est que vous êtes tombé sur une personne qui est franche, entière et qui sais de quoi elle parle.
Et là, vous comprendrez une chose :
Vous avez été plus déformé que formé.
Parce que le vrai métier n’est pas une succession d’astuces virales. Le vrai métier, c’est développer :
son oreille,
sa sensibilité,
son exigence,
sa compréhension du son,
et sa capacité à servir une œuvre artistique,
un savoir et un savoir-faire.
Et ça, aucune vidéo TikTok, youtube, instagram ou autre, ne pourra vous l’apprendre en 1 minutes, 3 minutes ou 5 minutes.
Bébé on tombe en moyenne 17 fois par heure, ce qui représente environ 2 368 chutes avant d'apprendre à marcher. Alors ne croyez pas que devenir ingé son ce fait en 1 ans ou 3 ans.
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