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UREI 1176

  • Photo du rédacteur: Damien Mixrec
    Damien Mixrec
  • il y a 2 jours
  • 5 min de lecture

Le compresseur FET qui a changé l'histoire du mixage


"Certaines machines traversent les décennies. Non pas parce qu'elles sont anciennes, mais parce qu'elles continuent de résoudre les mêmes problèmes mieux que beaucoup d'autres. L'UREI 1176 fait partie de ces rares légendes."


Avant de parler du 1176…

Il faut parler de Bill Putnam


Bill Putnam Sr. n'était pas simplement un ingénieur du son. C'était un inventeur, un constructeur, un entrepreneur. Et surtout l'un des hommes qui ont façonné le studio moderne.

Dans les années 1940 et 1950, alors que les studios d'enregistrement ressemblent encore davantage à des stations de radio qu'à ceux que nous connaissons aujourd'hui, Bill Putnam imagine déjà des consoles, des chambres d'écho, des systèmes de monitoring et des équipements électroniques entièrement nouveaux.

Il fonde Universal Recording à Chicago, puis à Hollywood. Son nom sera ensuite associé à Universal Audio, entreprise devenue aujourd'hui mythique.


Il participe notamment à l'enregistrement d'artistes comme :

  • Frank Sinatra

  • Ray Charles

  • Nat King Cole

  • Duke Ellington

  • Sarah Vaughan

  • Elvis Presley


Il est également considéré comme le premier ingénieur à avoir utilisé volontairement une chambre d'écho artificielle sur un disque commercial.

Autrement dit…

Avant même de créer le 1176, Bill Putnam avait déjà changé l'histoire de l'enregistrement.


Pourquoi créer le 1176 ?

À la fin des années 1960, les studios utilisent principalement des compresseurs à lampes. Le plus célèbre est probablement le Fairchild 660/670.

Ces machines sonnent merveilleusement bien…


Mais elles sont :

  • énormes,

  • lourdes,

  • extrêmement coûteuses,

  • lentes comparées aux besoins de la musique moderne.


Le rock explose.

Les batteries deviennent plus agressives.

Les guitares électriques prennent de plus en plus de place.

Les chanteurs passent d'un murmure à un cri en une fraction de seconde.


Les ingénieurs ont besoin d'un compresseur :

  • beaucoup plus rapide,

  • beaucoup plus précis,

  • plus compact,

  • plus fiable.


Bill Putnam décide alors de repartir d'une feuille blanche.

En 1967 apparaît le 1176. Le premier compresseur entièrement transistorisé (solid state) commercialisé à grande échelle. Une révolution.


Pourquoi un compresseur FET ?

Le cœur du 1176 est un composant électronique appelé FET (Field Effect Transistor).

À l'époque, c'est une technologie relativement récente. L'idée est brillante. Le FET possède un comportement qui rappelle légèrement celui d'une lampe, tout en offrant la vitesse d'un transistor.


Résultat :

  • énormément de rapidité,

  • une très faible inertie,

  • une coloration agréable,

  • une attaque extrêmement précise.


C'est cette combinaison qui donne au 1176 son caractère.

  • Il ne cherche pas à être invisible.

  • Il ajoute de l'énergie.

  • Du punch.

  • De la présence.


Pourquoi est-il aussi rapide ?

Le 1176 reste aujourd'hui encore l'un des compresseurs les plus rapides jamais conçus. Son attaque peut descendre jusqu'à environ 20 microsecondes.


À titre de comparaison :

  • un LA-2A travaille en millisecondes

  • beaucoup de VCA sont plus lents

  • le 1176 travaille quasiment avant que notre oreille n'ait conscience du transitoire.


Cette vitesse permet :

  • de contrôler un pic extrêmement violent

  • de donner plus de densité à une caisse claire

  • de rendre une basse très stable

  • de maintenir une voix parfaitement présente.


C'est aussi cette rapidité qui explique pourquoi il peut devenir agressif si l'on ne fait pas attention. Le 1176 ne pardonne pas les mauvais réglages.


Les différentes révisions

Le 1176 n'a jamais cessé d'évoluer.

Rev A (Blue Stripe)

La toute première version.

Très colorée.

Très agressive.

Très vivante.

Beaucoup la considèrent comme la plus musicale.

Elle apporte énormément de caractère.


Rev B / C

Quelques améliorations électroniques.

Toujours proches du Blue Stripe.


Rev D

Apparition du célèbre "Blackface".

Moins de bruit.

Plus stable.

Très apprécié pour les voix.


Rev E

Nouvelle alimentation.

Fiabilité améliorée.

C'est probablement la version qui s'est retrouvée dans le plus grand nombre de studios.


Rev F

Encore plus propre.

Moins de distorsion.

Plus polyvalente.


1176LN

Le "LN" signifie Low Noise.

Il s'agit d'améliorations destinées à réduire le souffle tout en conservant la personnalité du circuit.

C'est aujourd'hui la version la plus répandue, qu'elle soit matérielle ou émulée en plugin.


Les ingénieurs qui ont rendu le 1176 célèbre

Le 1176 est pratiquement partout.


On le retrouve dans les studios de :

  • Bruce Swedien

  • Chris Lord-Alge

  • Andy Wallace

  • Bob Clearmountain

  • Michael Brauer

  • Joe Chiccarelli

  • Tom Lord-Alge

  • Andrew Scheps


Depuis plus de cinquante ans, il est devenu un standard.


Les albums qui ont contribué à sa légende

Impossible d'établir une liste exhaustive. Mais on retrouve le 1176 sur des milliers d'albums devenus cultes.


Quelques exemples :

  • Hotel California

  • Rumours

  • Thriller

  • Back in Black

  • Nevermind

  • The Dark Side of the Moon


Il serait presque plus simple de lister les grands albums rock qui ne l'ont jamais utilisé.


Pourquoi utilise-t-on encore le 1176 aujourd'hui ?

Parce qu'aucune autre machine ne réagit exactement comme lui.


Lorsqu'on pousse un 1176 :

  • les transitoires restent vivants

  • l'attaque garde son impact

  • la compression devient presque un effet musical.


Il ne sert pas seulement à réduire la dynamique.

Il participe au groove.

Il donne de l'énergie.

Il rapproche les instruments de l'auditeur.

C'est pour cette raison que, près de soixante ans après sa création, presque tous les fabricants proposent encore leur propre interprétation du 1176.


Comment je l'utilise personnellement

Dans mon workflow, le 1176 est avant tout un outil de caractère.

Je ne l'utilise pas parce qu'il est célèbre.

Je l'utilise parce qu'il apporte exactement ce que j'attends lorsqu'une piste a besoin de plus d'énergie et de contrôle.


Je m'en sers régulièrement sur :

  • les caisses claires, où sa rapidité permet de contrôler les transitoires tout en conservant l'impact

  • les overheads et les rooms, pour leur donner davantage de vie et de densité

  • les voix, lorsqu'elles demandent de rester présentes sans perdre leur dynamique

  • certaines basses et guitares, lorsqu'un supplément d'attaque ou de mordant est nécessaire.


J'apprécie particulièrement sa vitesse, mais c'est aussi ce qui demande de la retenue. Un 1176 mal réglé peut rapidement rendre une piste dure ou trop agressive. Comme toujours, je ne choisis jamais un compresseur parce qu'il est mythique. Je le choisis parce qu'il sert la musique.


Conclusion

Le 1176 n'est pas devenu une légende par hasard.

Il est né d'un besoin concret : contrôler une musique qui devenait plus énergique, plus rapide et plus exigeante. Près de soixante ans plus tard, il continue de faire exactement cela. Les technologies ont évolué. Les stations de travail ont remplacé les magnétophones. Les plugins ont remplacé de nombreux racks. Mais lorsqu'un ingénieur cherche un compresseur capable d'apporter du punch, du caractère et une réactivité exceptionnelle, le réflexe reste souvent le même :


Le 1176.

« L'héritage » :

Le 1176 a ouvert la voie à toute une génération de compresseurs FET. Aujourd'hui encore, qu'il soit utilisé en version matérielle ou en plugin, il reste une référence absolue dans les studios du monde entier. Certaines machines vieillissent. D'autres deviennent intemporelles. Le 1176 appartient à cette seconde catégorie.

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