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L'IA peut nettoyer un son. Elle ne peut pas prendre des décisions artistiques.

Photo du rédacteur: Damien Mixrec
Damien Mixrec
23 sept.
3 min de lecture

En quelques clics, ils promettent de supprimer des résonances, nettoyer automatiquement les fréquences gênantes, équilibrer un mix ou même "améliorer" une voix.


Ces outils impressionnent, et dans certains cas, ils rendent de précieux services.

Mais une question essentielle mérite d'être posée :

À partir de quel moment cesse-t-on de nettoyer un enregistrement... pour commencer à modifier l'intention musicale ?


Car c'est précisément là que réside toute la différence entre un traitement automatique et le travail d'un ingénieur du son.


L'IA est excellente... quand le problème est objectif

Il existe des situations où il n'y a quasiment aucune décision artistique à prendre.

Par exemple :

  • un souffle permanent

  • un bourdonnement secteur à 50 Hz

  • un clic numérique

  • un ventilateur d'ordinateur

  • un bruit de climatisation

  • une réverbération accidentelle.


Dans ces cas, l'objectif est clair. Personne ne souhaite conserver ces défauts. L'IA peut alors faire gagner un temps considérable. Elle détecte les éléments parasites et les réduit efficacement. Et honnêtement, je trouve cela très utile.


Mais une fréquence n'est pas forcément un défaut

C'est ici que les choses deviennent beaucoup plus complexes.

Prenons une guitare folk.


Une IA détecte une résonance à 240 Hz. Elle décide automatiquement de la supprimer.

Techniquement… Elle a raison. Mais artistiquement ? Pas forcément.

Cette fréquence est peut-être justement celle qui donne à cette guitare sa chaleur, son bois, son caractère.


Sur un morceau folk intimiste, cette résonance participe peut-être à l'émotion. Sur un morceau pop moderne, elle sera peut-être effectivement gênante. La fréquence est identique. La décision est totalement différente.


Une fréquence ne s'écoute jamais seule

C'est probablement l'idée la plus importante de tout l'article. Quand je fais une édition fréquentielle… Je n'écoute presque jamais la piste en solo. Je l'écoute dans le contexte du morceau.


Car une fréquence peut sembler horrible seule… et devenir indispensable lorsque tous les instruments jouent ensemble.

À l'inverse, une fréquence magnifique en solo peut complètement masquer une voix dès que le reste de l'arrangement entre. Une IA analyse principalement ce qu'elle "voit" dans le signal. Un ingénieur du son écoute ce que ressent l'auditeur dans le morceau. Ce ne sont pas les mêmes critères.


Une décision artistique dépend du style musical

Prenons un exemple très simple.

Une caisse claire. Dans une production jazz, on cherchera souvent à conserver beaucoup de naturel.

Dans une production rock, on acceptera davantage de dureté.

Dans une production métal, cette agressivité fera parfois partie intégrante du son recherché.

La même fréquence.

Trois décisions totalement différentes.

Aucune intelligence artificielle ne peut deviner ce que le producteur souhaite raconter.


Nettoyer n'est pas toujours améliorer

C'est une erreur que l'on voit de plus en plus.

Certaines personnes ouvrent un logiciel.


L'IA supprime automatiquement :

  • toutes les résonances

  • toutes les aspérités

  • toutes les irrégularités.


Résultat :

Le signal devient extrêmement propre.

Mais aussi...

Extrêmement lisse.

Et parfois sans personnalité.

Or la musique n'est pas censée être parfaite.

Elle est censée être expressive.


Une bonne édition, c'est faire des choix

Lorsque j'édite une piste, je ne me demande jamais :

"Qu'est-ce que je peux enlever ?"

Je me demande :

"Qu'est-ce qui sert le mieux cette musique ?"

Cette question change absolument tout.

Parfois je coupe.

Parfois je garde.

Parfois je préfère même conserver une légère résonance parce qu'elle participe à l'identité sonore de l'instrument.

Une IA cherche souvent à optimiser un signal.

Moi, je cherche à préserver une émotion.


L'oreille humaine comprend le contexte

Lorsque j'entends une voix, je ne fais pas uniquement attention aux fréquences.


J'écoute :

  • son intention

  • son émotion

  • son énergie

  • sa fragilité

  • sa puissance

  • sa place dans l'arrangement.


Une légère dureté peut traduire la colère.

Une proximité dans les bas-médiums peut renforcer l'intimité.

Une voix très brillante peut transmettre davantage d'énergie.

Ce sont des choix artistiques.

Pas des problèmes techniques.


L'IA est un assistant, pas un directeur artistique

C'est probablement la philosophie qui résume le mieux ma vision. J'utilise volontiers des outils intelligents lorsqu'ils me permettent de supprimer des éléments parasites objectifs.


En revanche, dès qu'il s'agit de décider :

  • quelles fréquences doivent rester

  • lesquelles doivent disparaître

  • quel équilibre émotionnel rechercher

  • quelle couleur donner au morceau


je préfère que cette décision reste humaine. Parce que personne ne connaît mieux l'intention d'un morceau que les personnes qui le créent.

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