top of page

Mixage de musique de film

Photo du rédacteur: Damien Mixrec
Damien Mixrec
29 sept.
4 min de lecture

créer la grandeur sans perdre la clarté


Lorsque l'on écoute une bande originale de Gladiator, Interstellar, Pirates des Caraïbes, Star Wars ou Harry Potter, on a immédiatement cette impression d'espace immense.


Pourtant, si l'on analyse les pistes séparées, on découvre une réalité surprenante :

La majorité des instruments sont beaucoup plus définis, précis et proches qu'on pourrait le croire.


La sensation de grandeur ne vient pas d'une énorme réverbération.

Elle vient d'un équilibre extrêmement subtil entre l'orchestration, la dynamique, les différents espaces acoustiques et le placement de chaque instrument.

C'est probablement l'un des exercices de mixage les plus complexes qui existent.


L'erreur la plus fréquente

Lorsqu'on débute :

Plus je veux que cela sonne "Hollywood", plus je mets de reverb.

Résultat :

  • le grave devient flou

  • les contrebasses disparaissent

  • les timbales perdent leur impact

  • les cuivres deviennent agressifs

  • les cordes se mélangent

  • le centre stéréo disparaît


On obtient une musique énorme...

...mais impossible à comprendre.


La profondeur n'est pas une reverb

Premier point essentiel.


La profondeur provient de nombreux paramètres :

  • volume

  • EQ

  • pré-delay

  • early reflections

  • largeur stéréo

  • room

  • hall

  • délais

  • dynamique

  • orchestration

  • saturation légère

  • automatisation


La reverb n'est qu'un élément parmi beaucoup d'autres.


Une salle avant une cathédrale

Une technique très utilisée consiste à créer plusieurs niveaux.


Première couche

Une petite Room. Elle donne simplement l'impression que tous les musiciens jouent dans le même espace.

Très courte.

0,3 à 0,8 seconde.

Très peu audible.

Mais indispensable.


Deuxième couche

Une Hall. C'est elle qui crée la profondeur.

Souvent :

1,2 à 2 secondes.

Elle ne doit jamais masquer l'attaque.

Le pré-delay est très important.


Troisième couche

Une très longue reverb.

Seulement pour certains éléments :

  • chœurs

  • piano

  • solo de violon

  • percussions épiques

  • impacts

Pas sur toute l'orchestre.


Pourquoi plusieurs reverbs ?

Parce qu'un orchestre ne joue pas dans une seule distance.

  • Les premiers violons sont proches.

  • Les cors sont plus loin.

  • Les percussions encore derrière.

  • Les chœurs parfois tout au fond.

  • Le mix doit raconter cette perspective.


Les Early Reflections

Beaucoup de débutants les négligent.

Pourtant ce sont elles qui donnent :

  • la taille de la pièce

  • la proximité

  • le réalisme


Sans Early Reflections :

tout paraît artificiel.


Le pré-delay

Probablement le réglage le plus important.


Un pré-delay trop court :

la reverb masque immédiatement l'instrument.


Un pré-delay bien réglé :

l'attaque reste précise. Puis la salle apparaît.

On conserve donc :

  • la définition

  • l'impact

  • la profondeur


Le grave est l'ennemi numéro un

La majorité des problèmes viennent d'ici.

Une reverb pleine bande va rapidement brouiller :

  • contrebasses

  • violoncelles

  • grosse caisse

  • taikos

  • sub impacts

  • piano grave

Le résultat devient rapidement boueux.


Filtrer les reverbs

Très souvent :


Passe-haut :

150 à 250 Hz

Parfois davantage.


Passe-bas :

6 à 10 kHz

Selon le style.


La reverb doit entourer la musique. Pas lutter contre elle.


Quelle quantité de reverb ?

Une règle simple.

Si l'on entend clairement la reverb...

...c'est souvent qu'il y en a déjà trop.

Dans un grand mix orchestral :

on ressent davantage la salle qu'on ne l'entend.


Le niveau des bus de reverb

Il n'existe évidemment pas de valeur universelle, mais quelques repères sont utiles.

En général, les retours de réverbération restent 10 à 20 dB plus faibles que les sources directes.


Sur un VU ou un RMS, on retrouve souvent :

  • Room : environ -28 à -22 dBFS RMS 

  • Hall : -30 à -24 dBFS RMS

  • Long Hall : parfois -35 dBFS RMS ou moins


Le but est que la réverbération participe à l'ambiance sans devenir un élément principal du mix.


Les cuivres

Ils produisent énormément d'énergie.

Une Hall trop importante les rend rapidement agressifs.

Souvent :

moins de reverb

mais davantage d'early reflections.


Les cordes

Elles acceptent davantage de Hall.

Mais attention !


la Hall ne doit jamais supprimer :

  • les coups d'archet

  • les articulations

  • les pizzicati


Les percussions

Les impacts doivent rester nets.

Une longue reverb sur les grosses caisses : oui.


Une longue reverb sur les attaques : non.


Il est souvent préférable d'envoyer la queue du son dans la réverbération plutôt que son attaque complète, afin de préserver toute la puissance du premier impact.

Les chœurs

Ce sont souvent eux qui supportent les réverbes les plus longues.


Mais même ici :

on filtre énormément le grave.


Les delays

Ils sont très sous-estimés.

Un délai discret de quelques dizaines de millisecondes peut apporter une sensation de profondeur sans remplir tout le spectre comme le ferait une longue réverbération.

C'est souvent une solution plus propre pour conserver l'intelligibilité.


La dynamique est essentielle

L'une des grandes différences entre une production orchestrale crédible et une production amateur réside dans la respiration du mix.


L'orchestre doit pouvoir passer :

du murmure...

à l'explosion.

Si tout est constamment dense, les moments forts perdent leur impact émotionnel.


Les outils de réverbération les plus utilisés


  • Bricasti M7 : profondeur et réalisme exceptionnels.

  • Lexicon 480L : ampleur et caractère musical.

  • Lexicon 224 : texture chaleureuse devenue iconique.

  • EMT 140 : plaque idéale pour certains solos et cordes.

  • Altiverb : convolution basée sur des lieux réels.

  • Seventh Heaven : émulation très convaincante du Bricasti M7.

  • LiquidSonics Cinematic Rooms : pensée pour les productions orchestrales modernes, car elle peut être utlisé en Stéréo comme en Atmos.


Comment je le vois personnellement

Je pourrais conclure avec ma philosophie :

« Lorsque je mixe une musique orchestrale ou épique, je ne cherche jamais à impressionner avec une immense réverbération. Je cherche à faire croire que l'orchestre joue réellement devant l'auditeur. Chaque espace est choisi pour servir l'émotion, préserver la lisibilité et respecter les nuances de l'interprétation. Une belle réverbération ne doit jamais attirer l'attention sur elle-même : elle doit simplement donner l'impression que la musique respire dans un lieu réel. »

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page